Et c’est reparti pour un tour de difficulté. Aujourd’hui, dans cet article, on passe en revue le montage image (le montage son est dans un article séparé afin d’éviter d’être beaucoup trop long). Au programme donc : dérushage, ours et ROUGH, premières versions (oui, oui !) jusqu’à la version finale.

Le montage image.
Qu’est-ce donc que cette chose ? L’appellation est limpide, dans l’absolu. Ça consiste simplement à assembler les images ensemble afin de donner une structure, une narration.
Voilà, c’est tout. C’est la fin de notre article du jour.
Le monteur / La monteuse ?
Son rôle, sauf si vous êtes un(e) réalisateur(trice) solo chaperonnant le film de A à Z — auquel cas votre rôle —, est au préalable de lire votre scénario et de s’imprégner de l’histoire que vous racontez de l’histoire que vous souhaitez raconter.
Comme je l’expliquais dans un précédent article, le (la) monteur(euse) est un esprit créatif. Il ou elle va créer, composer, raconter votre histoire avec sa touche personnelle, avec sa personnalité. Quand tout se passe merveilleusement bien, le(la) monteur(euse) est complémentaire du réalisateur(trice). Ils et elles travaillent conjointement à la création de la meilleure histoire possible.
Choisir son/sa monteur(euse) est donc tout aussi important que de choisir ses acteur(trices) et technicien(ne)s.
Mais ça, c’est quand vous collaborez avec un(e) monteur(euse).
Le monteur-réalisateur. La monteuse-réalisatrice.
Malheureusement, ou fort heureusement, vous êtes chargé(e) du montage de votre film. Excellente nouvelle (ou non), vous allez en faire ce que vous voulez.
C’est le moment cruel où vous vous apercevez que le fameux « On règle ça en post-prod » est inapplicable dans notre monde.
C’est le moment où vous déposez la casquette de réalisateur(trice) pour l’échanger avec celle du (de la) monteur(euse). Celle où l’on compose avec les rushes. Celle où l’on raconte une histoire, parfois, différente de celle qu’on s’était imaginée. C’est aussi celle où on donne véritablement vie à l’histoire.
Entrons dès maintenant dans le vif du sujet.
Les différentes étapes du montage image.
Eh oui, comme à peu près tout, dans ce secteur, une nouvelle charge de travail et pas des moindres. Enfin, pour un petit court-métrage, c’est presque rien. Mais dès que l’on passe au calibre plus long… bref.
Étape 1 : importation et sauvegarde.
La première chose à faire est d’importer ses rushes.
Petit point technique : apparemment, on préfère utiliser le mot rushes. L’équivalent français existe cependant. On parle d’épreuves de tournage. Les rushes correspondent donc à l’ensemble des fichiers (maintenant qu’on est au numérique) originaux : images and sons.
Une fois l’importation effectuée. On sauvegarde ses fichiers sur un support externe. Pourquoi ? Sur certains — mauvais — systèmes d’exploitation, la gestion de gros volumes de fichiers vidéo entraîne ce que l’on appelle communément les bugs… aussi appelés Écran Bleu, mais on ne cherche à viser personne en particulier…
Parfois, cela ne se produit que lors du rendu–exportation. Alors prenons l’habitude de sauvegarder.
Étape 2 : Le dérushage.
Le dérushage consiste à regarder attentivement chaque plan, chaque prise, tournés par l’équipe de tournage. À regarder, donc, mais également à prendre des notes car, sur des projets longs, vous ne vous souviendrez pas de ce que vous avez pu voir.
Notez tout. Ce qui est bien, ce qui l’est moins. En dépit de ce qu’indique le rapport de continuité, servir l’histoire est votre seul but. On vous pardonnera un faux raccord si l’émotion est présente.
Gardez à l’esprit, surtout si vous n’êtes pas monteur(euse) et que vous incluez une tierce personne, que dix heures de rushes, c’est dix à quinze heures de dérushage, minimum.
Le dérushage est une étape primordiale. Ne pas connaître ses rushes, c’est le meilleur moyen de rater son montage. Par conséquent, cela prend du temps. Si le dérushage n’est pas effectué correctement, vous perdrez un temps très précieux en montage.
Si vous êtes aussi monteur(euse) son, vous devrez absolument dérusher tout le son. Mais, si vous ne l’êtes pas, vous devrez seulement dérusher les pistes correspondantes à celles que vous exploiterez dans votre montage.
Étape 3 : la toute première version, aka “Ours”, aka assemblage initial.
Les premières versions sont des versions brutes. La toute première est la plus brutale.
Les plans sélectionnés pour le film sont uniquement assemblés les uns aux autres dans leur ordre d’apparition, sans aucune coupure, sans aucun montage. Il s’agit seulement d’assembler les prises. Point.
C’est médiocre. C’est long. Mais indispensable.
Étape 4 : Premières versions aka ROUGH.
Je l’emprunte à l’anglais. Le film commence un tout small peu à prendre forme.
On commence à ajuster les longueurs, les raccords…
Aparté raccord…
| Type de raccord | Description |
|---|---|
| Raccord regard | Le personnage regarde dans une direction, ou un objet, le plan suivant correspond à l’objet/la direction regardé(e). |
| Raccord dans le mouvement | Le personnage (ou tout autre objet mouvant : voiture, balle, etc.) avance dans une direction et sort du cadre par la droite (par exemple), dans le plan suivant il doit entrer par le côté gauche. (et inversement) |
| Raccord plastique | Dans un dialogue (ou autre), on évoque un objet, ou un personnage, le plan suivant est cet objet, ou ce personnage. |
| Raccord son | Le son ou effet sonore amorce le raccord. |
| Raccord par masquage | Un personnage ou un objet finit par obstruer le cadre de la caméra, permettant d’enchaîner avec le plan suivant. |
| Raccord au flou | Assez simplement, soit le personnage sort de la zone de netteté de la caméra, permettant de raccorder à cause du flou. Soit le caméraman(woman) change la mise au point pendant le tournage. |
| D’autres raccords existent… |
Étape 4a : ROUGH.
On commence à réajuster les pistes sons, on synchronise le son grâce aux claps, soit fait à la main, soit au moyen d’un véritable clap. On indique les emplacements de titre, des effets spéciaux s’il y en a, on synchronise les dialogues, applique un montage assez brutal.
Les effets sonores sont encore manquants sinon sommaires. On commence à ajuster les longueurs et à réajuster les prises, en fonction des notes prises, etc.
Étape 5 : Améliorations…
On se penche désormais davantage sur les raccords. Puis, on vérifie que tout est bien à sa place, on vérifie le rythme. Enfin, on vérifie la structure. S’il y a des effets spéciaux à rajouter alors, c’est le moment idéal pour faire une pause avec le montage et réaliser lesdits effets.
De la même façon, c’est le meilleur moment pour se mettre à l’étalonnage. Le montage n’est pas terminé mais vous n’êtes pas à l’abri d’une petite retouche finale alors, étalonner des fichiers plus longs vous permet d’avoir de la matière pour recouper.
Étape 6 : Montage son…
Si vous faites vous-même le montage son, alors c’est l’heure de s’y mettre. Sinon, vous attendez qu’on le fasse pour vous.
Étape 7 : La touche finale, aka Final Cut
Là, normalement, vous connaissez le film par cœur. Tous ses défauts. Toutes ses qualités. Vous le revoyez encore et encore jusqu’à obtenir le raccord parfait, la temporisation parfaite et finalement, la touche finale.
Et c’est tout.
En effet, le montage, c’est assez technique mais aussi esthétique. Votre but est d’imprimer un rythme cohérent, qui vous est propre, à vous et à votre film. Oubliez le rythme des blockbusters, si vous devez être lent(e), soyez lent(e). Au contraire, si vous devez être plus rapide, soyez-le. N’ayez pas peur de prendre des risques. Cependant, n’en prenez pas trop. À vous de juger.
Pensez à montrer votre film à un public test afin d’obtenir des retours car, lorsque vous travaillez pendant des semaines sur votre film, vous pouvez être amené(e) à oublier — ou ne pas voir — l’erreur la plus grossière.
N’hésitez pas à regarder le plus de films possibles pour analyser le montage, les transitions choisies par les monteur(euse)s. N’attendez pas de faire votre film pour vous essayer au montage.
Le mot de la fin.
En conclusion, le montage n’est pas la partie la plus compliquée d’un film. Cependant, en fonction de la quantité d’effet, de plans à étalonner, de la complexité du projet, c’est une étape qui peut s’avérer longue.
Le montage est un art à part entière et j’ai envie de croire que si vous ne maîtrisez pas — ou que vous ne parvenez pas à maîtriser — cet art, alors il est préférable de le déléguer à quelqu’un d’autre. Additionner les plans, synchroniser les claps, ne sont pas les seules compétences requises. Il faut être capable de ressentir ce que l’on voit, de ressentir et surtout, de le faire ressentir.
Ce n’est donc pas compliqué, mais il faut l’avoir en soi. Et, quand on ne l’a pas, ou qu’on est trop timide, ne craignez pas de demander de l’aide à un(e) monteur(euse).

